Pour parution le 5 février 2026
Autobiographie de Frida Sylverstre
Introduction
Celles et ceux qui me connaissent vous diront que j'ai toujours été une rebelle dans l'âme. Que j'ai toujours été du côté des gens qui n'ont rien et que tout oppose dans la vie. Que j'ai plus souvent qu'à mon tour questionné le pouvoir établi et sa hautaine autorité. C'est dans état d'esprit que j'ai voulu participer au combat et me joindre au Convoi de la liberté d'Ottawa en 2022. Ce devait être la plus grande expérience initiatrice de ma vie de jeune adulte.
J'ai toujours voulu croire au côté sacré des choix qui s'offraient à moi, tout comme mon héros d'enfance, le personnage de Néo dans la trilogie de La Matrice, ou les films Matrix, appelez ça comme vous voudrez. Au moment où Morphéus se présente à Néo avec deux capsules et que le héros doit n'en choisir qu'une, j'ai moi aussi choisi la même. Comme pour Néo, j'ai bien pris la pilule rouge. Et aujourd'hui, je le regrette amèrement. Pourquoi donc ?
Parce que de ce choix simple entre deux couleurs réputées être différentes, naissait une réalité paradoxale. En fait, dans ma jeunesse, et dans la vôtre peut-être aussi, je peux le confesser, les couleurs politiques faisaient foi de tout, et cela laissait place à une grande confusion qui n'en semblait pas une. Au Québec, le bleu voulait dire oui, et le rouge, non. Au Canada, le rouge était libéral, quoique le bleu ait été conservateur. En parfaite opposition avec les États-Unis, où le rouge est républicain et le bleu démocrate.
C'est bien comme ça que je voyais les couleurs, et en bonne pourfendeuse d'ordre établi, j'ai choisi le bleu, puis le rouge. J'aurais pu prendre le rouge avant le bleu. Au final, c'était du pareil au même, parce que politiquement, j'étais daltonienne. Parce qu'à l'usage, chacune des fois où j'ai choisi mon camp, je me suis retrouvée à l'opposé d'où je croyais être. Là réside le miracle de la politique partisane. Dans les faits, la leçon dont j'ai hérité de ces années d'errements est toute simple : lorsque qu'un choix se présente entre deux choses, tu choisis la troisième, ou la dixième.
Du choix entre le oui ou le non, la réalité devient fiction. D'un vote entre libéraux et conservateurs, une autre voie me semble désormais meilleure. Et le plus fort, c'est qu'il n'existe aucune différence entre les républicains et les démocrates. Parce que le parti républicain d'aujourd'hui assume la place du parti démocrate d'il y a deux siècles, celle de l'exploitant, alors que face à eux, on ne fait qu'attendre son tour. Dans le fond, le rouge et le bleu, c'est la même couleur pour tous ceux qui ont des yeux pour voir.
Plus fort que ça, j'ai finalement décroché du soi-disant mouvement pour la liberté le jour où j'ai entendu Tamara et Dwayne demander le respect de leurs droits en vertu d'amendements à la constitution des États-Unis. Quoi ? Je me rendais bien compte de l'influence de la droite chrétienne américaine dans tout ça, quoique je n'avais pas encore réalisé l'ampleur de la manipulation. C'est en creusant la question et en déterrant quelques cadavres que j'ai finalement vu la lumière.
Et parce que tout est dans tout, cette lumière a été pour moi éblouissante. En gros, j'ai trouvé que si l'Internet est d'abord une invention à usage militaire aux États-Unis, c'est bien à la Russie que l'on doit sa militarisation effective. Ce faisant, ils ont réussi à transformer en arme de déstabilisation massive ce qui n'était qu'un repère de gens esseulés. Et en fédérant les perdus du monde entier, on a finalement créé le terreau parfait pour mener le monde à sa perte.
Oui, c'est un fait, l’instrumentalisation de l'Internet par des pouvoirs le plus souvent obscurs a mené à l'expansion de l'islamisme radical et aux attentats du 11 septembre 2001, tandis qu'elle encourageait la dislocation de l'Europe par le Brexit, et permettait la mobilisation puis la radicalisation de la droite chrétienne américaine, celle-là même dont nous voyons le reflet à travers l'actuelle administration aux États-Unis, ainsi que par les événements chaotiques de Washington en 2020 et d'Ottawa en 2022.
Bien entendu, la liste complète des bouleversements induits par l'instrumentalisation des réseaux mondiaux est beaucoup plus longue et variée, quoiqu'elle renvoie toujours à la même idée, celle du renversement de l'ordre occidental établi au sortir de la seconde guerre mondiale. Ce qui n'est pas une mauvaise chose en soi. C'est juste que tant qu'à bouleverser le monde, je préfère m'y mettre les yeux ouverts, en tout respect des gens et des forces en présence, et sans parti-pris binaire automatique. C'est le choix conscient auquel je suis parvenue.
Alors je crache la pilule, peu importe sa couleur. À compter de maintenant, j'assume pleinement qui je suis et mon rôle dans ce que je souhaite être mon pays de demain. Ça se passe au Canada, quoique le Canada que j'entrevois à l'avenir est bien différent de celui auquel on vous a habitué. Vous pourrez peut-être vous en rendre compte à la lecture des chapitres suivants.